Publications > Position de thèse. Réguler l’accès à la terre, la réinvention locale du corporatisme agricole.

Thareau B., 2012. “Position de thèse. Réguler l’accès à la terre, la réinvention locale du corporatisme agricole.” Etudes foncières n° 156, pp:7.

Bertille Thareau, 2011, Thèse de doctorat en sociologie, université Paris Ouest - Nanterre

La question principale de la thèse est celle de l’organisation locale de la profession agricole. Cette profession est aujourd’hui soumise à une tension interne majeure. Alors qu’historiquement, le développement s’est structuré dans le cadre de filières de plus en plus spécialisées  et organisées à l’échelle nationale, l’agriculture devrait aujourd’hui se développer en fonction des dynamiques des territoires dans lesquelles elle s’inscrit.  Comment répondre à ce nouvel enjeu dans un contexte où, à l’échelle locale, l’agriculture apparaît davantage comme une juxtaposition de mondes professionnels cloisonnés que comme un groupe structuré ?

J’ai choisi d’analyser les modes d’organisation professionnels locaux à partir des enjeux fonciers, et plus précisément, à partir de la question du partage de la terre entre agriculteurs et entre agriculture et urbanisation. L’intérêt de cet objet est double. D’abord, il témoigne des dynamiques des territoires, le foncier étant aujourd’hui considéré comme un bien commun dont la gestion doit être discutée dans le cadre d’une gouvernance locale portée par les collectivités. En outre, il suscite un regain d’intérêt au sein des mondes agricoles depuis une dizaine d’années. Le terrain de recherche est ici centré sur l’agglomération angevine.

J’observe d’abord que ces questions foncières constituent un nouvel objet de dialogue fédérateur, rassemblant les producteurs au-delà des cloisonnements traditionnels entre groupes professionnels angevins. Après une décennie de mobilisations agricoles communales peu coordonnées, la gouvernance locale du foncier agricole s’organise dans le cadre d’un dialogue institutionnalisé entre l’agglomération angevine et la Chambre d’agriculture. La territorialisation des politiques agricoles se traduit donc à la fois par l’ouverture manifeste de la profession agricole au dialogue avec les collectivités locales et par l’émergence d’une forme de corporatisme local.

Cela n’empêche pas qu’au sein du groupe des professionnels agricoles,  les éleveurs laitiers renforcent constamment leur position dominante.  Ce constat peut paraître paradoxal dans un contexte où la territorialisation des politiques publiques est (trop) souvent pensée a priori comme une opportunité de développer des modes de gouvernance pluralistes, au sein desquels toutes les voix sont entendues. Mais il s’impose ici de fait, pour deux raisons principales. D’abord, dans un contexte professionnel très hétérogène et complexe, l’intercommunalité ne se donne pas les moyens d’organiser le travail de formulation d’un projet agricole et délègue cette mission aux institutions professionnelles légitimes. Cela a naturellement pour effet de renforcer la position des groupes d’ores et déjà dominants localement (en l’occurrence, les éleveurs laitiers). De plus, le travail local sur le foncier devient rapidement moins politique que technique et instrumental (il s’agit davantage de construire des outils de gestion fonciers entre autorités locales que de renouveler un projet territorial). Il s’ensuit que le travail local se traduit moins par la constitution de parlements territoriaux ouverts que par un travail d’ingénierie porté à huis clos par un nombre restreint de spécialistes fonciers des autorités locales et agricoles.

 

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